"odi et amo" J. C.

3.7.14

Nouveautey

Un mini post pour dire à ceux qui suivent que les images
de ce blog sont présentées (lisiblement) ici.

Kanaky [3/Le sud]

 Prony

Touaourou

Kanaky [2/Côte est]


 Tuo

 Hye Hen

Pwêêdi-Wiimîâ

27.6.14

Kanaky [1/Nouméa]

Celà fait un an et demi que j'ai déménagé
dans la colonie territoire d'outre-mer
française de Nouvelle-Calédonie.

Surpris de voir ce que notre civilisation de primitifs
avait pu recouvrir de béton en si peu de temps...


4.4.14

Pulau Pelni [12/Merauke]

L'arrivée à Merauke me semble interminable.
Je me dis que c'est fou le pouvoir de la psychologie
quand on m'explique que le bateau a ralenti 
car les eaux sont très peu profondes, 
même si on ne voit pas encore la côte.

Quelle ambiance ces deux derniers jours,
dans le bateau presque vide.




J'attends avec Oma que ses enfants viennent la chercher,
ils arrivent, on discute, je ne comprends pas tout quand elle leur parle de moi,
mais je comprends que c'est élogieux, forcément, je suis invité.
Je monte derrière la petite moto de son fils. Il me remercie de m'être occupé d'elle.
Il est émouvant ce trajet.
Oma distribue des cadeaux de Java,  car on ne trouve pas de tout à Merauke.
On s'assoit par terre & on mange, pour le retour de la grand-mère.
Son fils & sa femme exercent exactement les mêmes métiers que mes parents,
ils ont un fils à peine plus jeune que moi & deux autres enfants plus jeunes.
Je contemple cet avatar familial ébahi.

Le lendemain, on part faire un tour en ville.
Tiens, on peut acheter des têtes de wallabies au marché.
Forcément, petit contrôle des papiers.
Le deuxième arrêt est le poste de police pour obtenir le surat jalan :
 le laisser passer obligatoire pour tous les étrangers.
Interrogatoire interminable. 
Au final, le boss n'est pas là, & je ne peux pas l'avoir.
Mais comment savent-ils que j'ai fait des photos à Amamapare ? 
Alors on continue : on reviendra lundi.
Le soir, on rentre : 
"La police a appelé de Jakarta ce matin,
 ils voulaient confirmation que nous hébergions un photographe."
Tiens donc.
Tous ces contrôles d'identité m'ont fatigué, 
j'ai l'impression de connaître tout les flics de la ville.
Je n'imagine même pas dans quelle merde je serais 
si j'avais été accueilli chez une famille papoue.
Le lendemain rebelote & lundi, j'apprends qu'il n'y aura pas
de surat jalan pour moi : "Pergi tolong."
Alors je m'exécute. 
Je réserve un billet d'avion pour le surlendemain à destination de Makassar.
J'ai eu le temps de sympathiser avec la moitié du quartier.


Je me sens triste, frustré, mais si serein
quand l'avion s'arrache du sol.
Dans 2h je serai à Makassar 
(après un passage express à Jayapura & ses hélicoptères aux 1000 roquettes)
dire que j'y étais il y a 10 jours.
Mais quels 10 jours.

(je serai encore plus frustré de voir que j'ai bousillé
mon film de Merauke en le collant sur un autre film
au développement chez Luka ; je hais les spires)

30.3.14

Pulau Pelni [11/Agats]

Les quelques papous montés à Amamapare
 dorment sur le pont.
Ce n'est pas les premiers à faire ça, 
mais le bateau est presque vide.
Je regarde tristement cette fracture sociale & culturelle
avant d'arriver à Agats, 2000 habitants, 
chef-lieu de la région Asmat & de ses mythiques sculptures.
Dans sa lumière laiteuse.
Tiens, ils ont ouvert la porte du pont avant.






21.3.14

Pulau Pelni [10/Amamapare]

Après les cris de joie, je sors aider Fadur à descendre ses affaires,
 après tout ce qu'il m'a appris en indonésien, 
c'est la moindre des choses (& puis j'ai la dalle !). 

Amamapare est le port de Timika, la ville qui abrite
 la plus grande mine d'or & de cuivre du monde, 
exploitée par Freeport Indonesia (filiale d'un groupe US).
Cet espèce de trou géant creusé à grands renforts de pelles mécaniques
& de sang papou représente à lui seul 2% du PIB de l'Indonésie.
Le budget corruption doit pas être triste non-plus.

La première chose qui me choque est le combo chaleur/humidité.
La seconde c'est que les gens se jettent des graviers dessus.
Je comprends rapidement que les graviers sont uniquement destinés
aux porteurs papous, à qui revient la lourde tâche de décharger le bateau 
de la plus grande partie de son chargement (dont les oignons) 
afin de les faire bosser plus vite.
Tous les habits officiels & uniformes sont sur des dos indonésiens,
les civils semblent si riches à côté des papous en hardes.  
La scène est tellement ridicule, tellement cliché,
j'ai l'impression d'être dans un mauvais film.
Ma sympathie pour les indonésien en prend un coup.

Je suis là dedans, au milieu de tout cet habituel bordel.
Du racisme en plus, je suis un OVNI.
Je pose les cartons de la petite famille, une photo souvenir, 
une dernière kretek (Dji Sam Soe 234, celles qui arrachent bien), 
je lui promet de m'occuper de Oma, la grand-mère à côté de moi
 & lui souhaite bonne chance pour la mine. 
Ils partent dans un nuage de poussière.



Depuis que je suis sorti du bateau, je sens des regards sur moi, 
pas vraiment le délire bon enfant auquel je me suis habitué.
Je pars acheter de quoi rendre le quotidien culinaire
moins morose pour ces deux derniers jours de navigation
 (& un ptit stock de baume du tigre).
Un peu trop d'uniformes à mon goût, rien à foutre, je sors le Rollei.
Je fais quelques images sans même viser. Encore des regards.
Je m'approche de la passerelle pour remonter. 






Un mec m'aborde.
"Paspor tolong."
Merde.



Il tire une gueule jusque par terre.
Je sors le passeport, il l'examine 
avec trop de minutie à mon goût.
Il me pose quinze mille questions, 
ces même quinze mille questions auxquelles 
j'ai déjà répondu des dizaines de fois.
Tu t'appelles comment ? Pourquoi tu es venu en Indonésie ?
Quel-est ton métier ? Quelle-est ta religion ?
Pourquoi voyager en Pelni ? Et surtout, pourquoi la Papouasie ?
Il commence à y avoir un bon petit groupe autour de nous, ça me rassure.
L'ambiance rigolarde bonne enfant & les questions en retour en moins.
Le passeport passe de mains en mains, chacun y va de son grain de sel.

Les talkies-walkies me font brutalement prendre conscience
du nombre ahurissant de flics en civil dans la foule.
Le petit groupe de badauds est en fait une escouade de poulets.

Je range l'appareil discrètement, pas folle la guêpe.
Y'en a un qui hurle, il me sort un grand discours auquel
 je ne comprend rien (enfin si, je comprends "kamera").
À force de répéter les conversations quotidiennes, 
ils ont cru que je parlais indonésien.
Je commence à me défendre, je baragouine comme je peux
 tu vas pas m'embarquer comme ça, je suis attendu à Merauke...
Il gobe. Mais il veut quand même voir l'appareil. Tiens. 
Il fait lui aussi le tour de ce charmant comité d'accueil.
Forcément exotique dans ce monde de smartphones, 
je leur explique qu'il fonctionne avec des pellicules, qu'il est cassé.
Cette fois, il gobe pas. Il s'énerve, & moi je cogite à toute vitesse.
Hors de question de lui laisser un de mes films. 
J'essaye de gagner du temps, je finis le film derrière le cache
 & rembobine tout doucement. 
Ça parlemente dans tous les sens, je ne peux 
ni comprendre toutes les questions posées, 
ni leur répondre à tous,
 ils ont poussé mon indonésien dans ses retranchements.
Les talkies-walkies chauffent,
 je comprends simplement qu'il s'agit des numéros.
Je réalise que j'ai un film vierge dans la poche.
Nouveau tour de l'appareil, aucun ne trouve comment l'ouvrir.
Dans ma poche, le film est déballé.
Je leur explique que je vais leur donner le film,
que j'ai besoin de l'appareil. 
Finalement, leur nombre joue en ma faveur, 
Personne n'est vraiment en mesure de vérifier précisément
ce que je fais, à moins de virer tous ses collègues autour. 
J'arrive à leur donner le film vierge. 
Le bon est toujours dans l'appareil.
C'était facile en fait.
J'ai chaud, les baksos sont froids.
Ouf, Oma a un thermos.

Finalement, le bateau repart,
sous l'ombre du Puncak Jaya (4884),
avec sa cicatrice béante.






 
C'était ma première expérience coloniale.
J'aurais tant aimé que ce soit la dernière. 

17.2.14

Pulau Pelni [9/Papua]

L'annonce résonne dans l'air moite des cales : la Papouasie est en vue.
Hurlement de joie pour ceux dont Timika est le terminus (presque tous),
ils vont travailler à Freeport, la plus grande mine d'or du monde.
Entreprise américaine, participant de 2% au PIB indonésien, 
il va sans dire que le budget corruption de l'entreprise est considérable
et que sa présence même rend impossible toute décolonisation la Papouasie occidentale.



27.1.14

Pulau Pelni [8/Tual]

On arrive à Tual, capitale des îles Kei.
Avec Fadur, le javanais qui va travailler à la mine de Timika
on descend ramener des baksos pour les autres.
On remonte à bord, des sacs plastiques plein les mains
et on se pète la panse en regardant défiler
 les épaves chinoises rouillées s'enfoncer dans la baie. 






23.12.13

Pulau Pelni [7/Saumlaki]

C'est la nuit suivante qu'on arrive à Saumlaki aux îles Tanimbar.
La mer était grosse, il y a du vomi partout.
Les poubelles, le sol, les murs.
Je sors de cette moiteur infernale 
pour saluer une dernière fois
 les amis qui sont enfin chez eux.  

Au lever du soleil, des îles aux loin. 
Lesquelles ?





7.12.13

Pulau Pelni [6/Bandaneira]

Je suis fiévreux quand on arrive aux îles Banda.
C'est ici qu'a commencé la colonisation de l'Asie par les européens, 
pour une histoire de clous de girofle qui n'existaient nulle part ailleurs.

Grosse claque.








7.11.13

Pulau Pelni [5/Ambon]

Nous voilà à Ambon, la capitale administrative des Moluques du Sud.
Il y a quelques années, la région se battait pour son indépendance,
sur fond de conflit inter-religieux. 
Aujourd'hui, le rêve s'est déplacé plus à l'est.
 

 
Plus de mille personnes montent à bord. Le bateau est soudainement surpeuplé.




Nous étions sept pour six couchettes, nous sommes maintenant seize. 
Les gens dorment partout, il devient difficile de se déplacer sans écraser quelqu'un.
Il fait chaud, sale, les gens toussent ; et quand la mer se lève, vomissent.

31.10.13

Pulau Pelni [4/Wanci]

Voici les îles Wakatobi. 
L'eau y est incroyablement claire.