"odi et amo" J. C.
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8.7.18

C'est mon dernier soir au Vanuatu après trois mois et demi.
 Après avoir fini mon dernier rouleau de film sur les quais et pris le bateau pour Ifira,
on a une longue discussion qui me rend mélancolique avec William sur la vie à la capitale, 
les différences de niveau et de style de vie, et plus généralement le "développement".
 





3.6.18

Le nouvel an

Je me réveille après quelques bières et surtout une grosse mine au kava 
qui m'envoie au lit à 10h du soir, avec les chants des habitants d'un village voisin.
La tradition est de former un groupe qui va chanter dans les villages voisins 
et récolter quelques cadeaux en échange, tout en se faisant saupoudrer de talc.
C'est un de ces groupes, d'un autre village, qui me réveille.



20.5.18

La famille

Maeli, la grande tante rentre chez elle, dans un village de White Sands, sur l'île de Tanna.
Elle m'invite à la suivre et à rester chez son fils, ce que j'accepte, bien sûr.
On fait quand même une photo après les discours d'au revoir, 
avant de prendre le bateau pour l'aéroport.


29.4.18

Chez Niangko et Melia

Avec, par ordre d'apparition :
la maison avec les chambres, la cuisine, 
les toilettes (construites pendant mon séjour),
 et les maniocs juste en dessous de la cuisine.

J'y serais accueilli pendant 8 semaines.




25.4.18

La pirogue de voyage [2/2]

Cette fixation entre le balancier et les traverses avec un bois en V est typique.
C'est ce qu'il est géométriquement possible de faire de plus robuste,
à la fois solide et suffisamment souple pour ménager la structure,
une forme que les ingénieurs utilisent eux aussi, 
dans les structures métalliques par exemple.

Sur cette pirogue, elles sont doublés de bâtons croisés par deux.



22.4.18

La pirogue de voyage [1/2]

Presque au bout de la baie, il y a cette grande pirogue qui attend sagement le départ.
Tout le monde ici sait que les vieux cultivaient sur Matthew et Hunter,
deux îles inhabitées à 300km au sud-est de Kiamu.
Cette pirogue et là pour y retourner.

Ces deux îles sont l'objet d'un conflit diplomatique entre la France et le Vanuatu.
Mais ici, tout le monde s'en fout.



25.3.18

Les pins

Pour un visiteur étranger, occidental de surcroit,  il est facile de s'imaginer que Kiamu vivrait encore en autarcie, loin du monde moderne et de ses circuits d'échanges.
Il n'en est rien.

En plus d'être situé dans une région du globe qui concentre d'immenses enjeux géopolitiques,
elle est intégré depuis bien longtemps à la mondialisation, à l'image du blackbirding
la version océanienne du commerce triangulaire.
Aujourd'hui, les marchandises importées tiennent une place importante dans l'alimentation, 
comme le riz australien, les chips pour changer de goût après un shell de kava.
Presque tout le monde a un portable, et une tour pour internet est en construction sur Mystery Island.
L'île a même ses propres industries : celle du tourisme des croisières, et celle du bois.
Ces pins ont été plantés par une entreprise néo-zélandaise pour l'exportation,
mais au fil des années, la forêt s'est agrandie, et demande un abattage régulier.



21.3.18

Inyeung/Mystery Island [1/5]

Après quelques jours à Kiamu, nous nous rendons à Mystery Island pour la première fois.
Le choc est assez brutal. En quelques dizaines de minutes, 
cet îlot au large d'Anelgawat accueille entre 4 et 5000 touristes, 
principalement australiens et chinois, descendus de leur paquebot.

Cette densité de population fait vraiment bizarre après quelques jours 
dans un village de quelques centaines d'habitants.

Au début, l'île était composé de deux bancs de sables, qui ont grossi jusqu'à former une seule île : Inyeung. C'est Elizabeth II qui l'a renommée Mystery Island,
 lors d'un voyage officiel dans les années 70.
Le petit wharf a été construit pour sa visite.



25.2.18

Le tour de Kiamu [1/5]

Je loge chez Melia et Niangko, le frère de Leifan, que j'ai rencontré sur le bateau.
En prenant part aux community works avec les autres hommes du village,
l'intégration se fait à vitesse grand V.
Mais du coup, il me faut à nouveau pas mal de temps 
pour trouver l'équilibre qui permet de sortir l'appareil photo.

L'occasion se présente un soir quand Niangko me propose d'aller travailler 
dans son champ d'ignames à cinq heures de marche vers le nord.
On partira le lendemain matin, avant le lever du soleil.
J'embarque un sac avec mon appareil photo.
Niangko son sac en pandanus et un couteau.



29.11.17

Iaai /// Dans la forêt

J'aimerais beaucoup vous dire ce que c'est que cet autel de coquillages au beau milieu de la forêt, mais en vérité, je n'en ai aucun souvenir, et j'ai perdu mes carnets des îles Loyauté 
dans un de mes (nombreux) déménagements à mobylette à Nouméa..
Par contre aucun rapport avec les massacres de l'armée française
dans la grotte de Gossanah, toute proche.


À la tribu, tout le monde m'en parle, passionnément. 
C'est que tout le monde a au moins un proche qui est mort dans ce bordel.
Les trentenaires semblent être les plus marqués.
Leur version est passablement différente de celle en cours dans les livres d'histoires
(à l'exception de celui de la ligue des droits de l'homme),
notamment sur l'après-assaut et les exécutions sommaires, 
mais aussi sur la décision de Djubelly Wéa qui semble avoir été l'objet d'un consensus.
D'ailleurs sa tombe est en plein milieu de la tribu, devant l'église.

On va à la pêche avec son fils.

Sur le mémorial, je me rends compte que même ceux qui n'en parlent pas 
ont leur nom de famille sur la stèle.








29.10.17

La foire de Bourail [3/3]

En fait le plus marquant (mais nullement besoin d'aller jusqu'à la foire pour s'en rendre compte)
c'est de voir à quelle point les caldoches (les descendants des premières générations de colons,
 pour beaucoup des bagnards) s'identifient à la culture nord-américaine des pionniers,
avec toutes les négations de l'histoire, l'idéologie de conquête,
 le racisme structurel et les grosses bagnoles que ça amène.



22.10.17

La foire de Bourail [1/3]

Une des premières choses qui choque, c'est cet esprit de compétition omniprésent.
Concours de lancer de claquette (le plus connu), de rodéo, de tronçonnage, 
de miss, mister, danse tahitienne, tir, ball-trap, moto-cross, quad, pick-up, 
et de tout ce qui peut propulser de la boue avec un moteur thermique.




4.4.14

Pulau Pelni [12/Merauke]

L'arrivée à Merauke me semble interminable.
Je me dis que c'est fou le pouvoir de la psychologie
quand on m'explique que le bateau a ralenti 
car les eaux sont très peu profondes, 
même si on ne voit pas encore la côte.

Quelle ambiance ces deux derniers jours,
dans le bateau presque vide.




J'attends avec Oma que ses enfants viennent la chercher,
ils arrivent, on discute, je ne comprends pas tout quand elle leur parle de moi,
mais je comprends que c'est élogieux, forcément, je suis invité.
Je monte derrière la petite moto de son fils. Il me remercie de m'être occupé d'elle.
Il est émouvant ce trajet.
Oma distribue des cadeaux de Java,  car on ne trouve pas de tout à Merauke.
On s'assoit par terre & on mange, pour le retour de la grand-mère.
Son fils & sa femme exercent exactement les mêmes métiers que mes parents,
ils ont un fils à peine plus jeune que moi & deux autres enfants plus jeunes.
Je contemple cet avatar familial ébahi.

Le lendemain, on part faire un tour en ville.
Tiens, on peut acheter des têtes de wallabies au marché.
Forcément, petit contrôle des papiers.
Le deuxième arrêt est le poste de police pour obtenir le surat jalan :
 le laisser passer obligatoire pour tous les étrangers.
Interrogatoire interminable. 
Au final, le boss n'est pas là, & je ne peux pas l'avoir.
Mais comment savent-ils que j'ai fait des photos à Amamapare ? 
Alors on continue : on reviendra lundi.
Le soir, on rentre : 
"La police a appelé de Jakarta ce matin,
 ils voulaient confirmation que nous hébergions un photographe."
Tiens donc.
Tous ces contrôles d'identité m'ont fatigué, 
j'ai l'impression de connaître tout les flics de la ville.
Je n'imagine même pas dans quelle merde je serais 
si j'avais été accueilli chez une famille papoue.
Le lendemain rebelote & lundi, j'apprends qu'il n'y aura pas
de surat jalan pour moi : "Pergi tolong."
Alors je m'exécute. 
Je réserve un billet d'avion pour le surlendemain à destination de Makassar.
J'ai eu le temps de sympathiser avec la moitié du quartier.


Je me sens triste, frustré, mais si serein
quand l'avion s'arrache du sol.
Dans 2h je serai à Makassar 
(après un passage express à Jayapura & ses hélicoptères aux 1000 roquettes)
dire que j'y étais il y a 10 jours.
Mais quels 10 jours.

(je serai encore plus frustré de voir que j'ai bousillé
mon film de Merauke en le collant sur un autre film
au développement chez Luka ; je hais les spires)

21.3.14

Pulau Pelni [10/Amamapare]

Après les cris de joie, je sors aider Fadur à descendre ses affaires,
 après tout ce qu'il m'a appris en indonésien, 
c'est la moindre des choses (& puis j'ai la dalle !). 

Amamapare est le port de Timika, la ville qui abrite
 la plus grande mine d'or & de cuivre du monde, 
exploitée par Freeport Indonesia (filiale d'un groupe US).
Cet espèce de trou géant creusé à grands renforts de pelles mécaniques
& de sang papou représente à lui seul 2% du PIB de l'Indonésie.
Le budget corruption doit pas être triste non-plus.

La première chose qui me choque est le combo chaleur/humidité.
La seconde c'est que les gens se jettent des graviers dessus.
Je comprends rapidement que les graviers sont uniquement destinés
aux porteurs papous, à qui revient la lourde tâche de décharger le bateau 
de la plus grande partie de son chargement (dont les oignons) 
afin de les faire bosser plus vite.
Tous les habits officiels & uniformes sont sur des dos indonésiens,
les civils semblent si riches à côté des papous en hardes.  
La scène est tellement ridicule, tellement cliché,
j'ai l'impression d'être dans un mauvais film.
Ma sympathie pour les indonésien en prend un coup.

Je suis là dedans, au milieu de tout cet habituel bordel.
Du racisme en plus, je suis un OVNI.
Je pose les cartons de la petite famille, une photo souvenir, 
une dernière kretek (Dji Sam Soe 234, celles qui arrachent bien), 
je lui promet de m'occuper de Oma, la grand-mère à côté de moi
 & lui souhaite bonne chance pour la mine. 
Ils partent dans un nuage de poussière.



Depuis que je suis sorti du bateau, je sens des regards sur moi, 
pas vraiment le délire bon enfant auquel je me suis habitué.
Je pars acheter de quoi rendre le quotidien culinaire
moins morose pour ces deux derniers jours de navigation
 (& un ptit stock de baume du tigre).
Un peu trop d'uniformes à mon goût, rien à foutre, je sors le Rollei.
Je fais quelques images sans même viser. Encore des regards.
Je m'approche de la passerelle pour remonter. 






Un mec m'aborde.
"Paspor tolong."
Merde.



Il tire une gueule jusque par terre.
Je sors le passeport, il l'examine 
avec trop de minutie à mon goût.
Il me pose quinze mille questions, 
ces même quinze mille questions auxquelles 
j'ai déjà répondu des dizaines de fois.
Tu t'appelles comment ? Pourquoi tu es venu en Indonésie ?
Quel-est ton métier ? Quelle-est ta religion ?
Pourquoi voyager en Pelni ? Et surtout, pourquoi la Papouasie ?
Il commence à y avoir un bon petit groupe autour de nous, ça me rassure.
L'ambiance rigolarde bonne enfant & les questions en retour en moins.
Le passeport passe de mains en mains, chacun y va de son grain de sel.

Les talkies-walkies me font brutalement prendre conscience
du nombre ahurissant de flics en civil dans la foule.
Le petit groupe de badauds est en fait une escouade de poulets.

Je range l'appareil discrètement, pas folle la guêpe.
Y'en a un qui hurle, il me sort un grand discours auquel
 je ne comprend rien (enfin si, je comprends "kamera").
À force de répéter les conversations quotidiennes, 
ils ont cru que je parlais indonésien.
Je commence à me défendre, je baragouine comme je peux
 tu vas pas m'embarquer comme ça, je suis attendu à Merauke...
Il gobe. Mais il veut quand même voir l'appareil. Tiens. 
Il fait lui aussi le tour de ce charmant comité d'accueil.
Forcément exotique dans ce monde de smartphones, 
je leur explique qu'il fonctionne avec des pellicules, qu'il est cassé.
Cette fois, il gobe pas. Il s'énerve, & moi je cogite à toute vitesse.
Hors de question de lui laisser un de mes films. 
J'essaye de gagner du temps, je finis le film derrière le cache
 & rembobine tout doucement. 
Ça parlemente dans tous les sens, je ne peux 
ni comprendre toutes les questions posées, 
ni leur répondre à tous,
 ils ont poussé mon indonésien dans ses retranchements.
Les talkies-walkies chauffent,
 je comprends simplement qu'il s'agit des numéros.
Je réalise que j'ai un film vierge dans la poche.
Nouveau tour de l'appareil, aucun ne trouve comment l'ouvrir.
Dans ma poche, le film est déballé.
Je leur explique que je vais leur donner le film,
que j'ai besoin de l'appareil. 
Finalement, leur nombre joue en ma faveur, 
Personne n'est vraiment en mesure de vérifier précisément
ce que je fais, à moins de virer tous ses collègues autour. 
J'arrive à leur donner le film vierge. 
Le bon est toujours dans l'appareil.
C'était facile en fait.
J'ai chaud, les baksos sont froids.
Ouf, Oma a un thermos.

Finalement, le bateau repart,
sous l'ombre du Puncak Jaya (4884),
avec sa cicatrice béante.






 
C'était ma première expérience coloniale.
J'aurais tant aimé que ce soit la dernière.